Des bons livres, on peut toujours en trouver.
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Samedi 21 mars 2009
Par Atv’ le Samedi 21 mars 2009, 02 h 54
Des bons livres, on peut toujours en trouver.
Mardi 11 décembre 2007
Par Atv’ le Mardi 11 décembre 2007, 20 h 26
Le secret le mieux gardé des librairies BD.
Dimanche 17 juin 2007
Par Atv’ le Dimanche 17 juin 2007, 00 h 23
Là-haut, dans la montagne…
Dimanche 21 janvier 2007
Par Atv’ le Dimanche 21 janvier 2007, 17 h 38
… Où l'art est difficile mais la critique aussi.
Dimanche 26 novembre 2006
Par Atv’ le Dimanche 26 novembre 2006, 21 h 25
… Où l’on loue les livres à bulles que sont Un monde formidable et Zoo.
Vendredi 13 octobre 2006
Par Atv’ le Vendredi 13 octobre 2006, 22 h 23
… Où l'on découvre la fantastique BD qu'est Monsieur Mardi-Gras Descendres.
Dimanche 11 décembre 2005
Par Atv’ le Dimanche 11 décembre 2005, 02 h 38

Décidément, ma récolte "mangas d'auteur" est excellente en ce moment, et Jirô Taniguchi se tape l'incruste dans toutes mes chroniques dédiées au genre. Cette fois, il adapte des nouvelles de Masayuki Kusumi.
Jugez plutôt : Le gourmet solitaire est un homme qui profite de ses déplacements professionnels pour découvrir autant de restaurants de quartier, leur ambiance, leurs habitués, leurs spécialités... Il aurait pu avoir d'autres vies. Il aurait peut-être pu ne pas se disputer avec sa compagne lors de ce voyage à Paris. Mais il vit désormais seul, importe des articles de mode au Japon et profite avec bonheur de la vie qu'il a. Une vie d'homme, d'un homme sensible aux plaisirs de la gastronomie et à la vie des quartiers populaires.
Le gourmet solitaire contient ainsi dix-huit petits récits de repas. À chaque fois, notre personnage choisit son restaurant, s'installe, compose son menu, déguste et s'en va repu. À première vue, le concept peut sembler austère et barbant. Hé bien, il se trouve que c'est on ne peut plus envoûtant ! On est pris par la poésie de cet homme parfaitement ordinaire qui prend plaisir à manger. C'est sa modestie qui touche, ce manque avoué et assumé de certitude quand au bon choix à faire. Va-t-il être à sa place dans tel restaurant ? Qu'est-ce qu'il convient d'y manger ? Le choix était-il bon en fin de compte ? À ce titre, la nouvelle traduite à la fin du manga justifierait à elle seul l'achat du livre. Je me permets d'en recopier un passage :
Et pourtant, ce bistrot qui me fait ressentir de “l'appréhension”, je sais par expérience qu'il a de fortes chances de se révéler un “bon” bistrot, un endroit que je vais sans doute aimer. Je veux dire un endroit où le samourai solitaire se sentirait en harmonie. Cette taverne dans laquelle le guerrier taciturne est entré en ouvrant la porte à la volée et a gueulé “Du saké !”, je parie que la bouffe y est bonne. Je veux dire… est-ce que vous croyez que le guerrier taciturne va se trouver en harmonie dans une supérette ? Mais il n'y entre même pas, dans la supérette, le guerrier taciturne !
Les pensées du personnage que l'auteur nous fait partager, parfois quelque peu existentielles, ajoutent une touche très agréable pour qui aime la nostalgie et la douce amertume du temps qui passe. Sur le chemin du retour, en repensant à l'échoppe où il a déjeuné : ... Cette boutique... je veux dire, le vieux... Qu'est-ce qui l'attend, lui ? Il a dit que sa femme était malade, mais dans cinq ans, dans dix ans… Qu'est-ce qu'il va faire, tout seul dans cette ville ?

Le manga est émaillé de trop de références culturelles japonaises pour qu'un occidental puisse les saisir toutes. Mais Taniguchi a la bonne idée de nous les distiller comme faisant partie de l'histoire. Ainsi, au fil des pages, on en apprend beaucoup sur le Japon. Mine de rien, l'histoire des vêtements en cuir des habitants de Jôshû nous enseigne qu'il y souffle une bise glaciale. On assiste avec bonheur à la rencontre du tokyoïte réservé avec les habitants d'Osaka bien plus expansifs. Le sushi-bar rempli de femmes en fin d'après-midi nous renseigne sur la condition féminine au Japon. Le serveur chinois fait les frais de la xénophobie de son patron japonais qui n'a d'égal en force que l'humanisme de Taniguchi.
Évidemment, le sujet principal, la nourriture, est traité avec grand soin sur le mode réaliste. Les plats sont décrits, goûtés, appréciés, expliqués, leurs combinaisons testées… Soulignons d'ailleurs que le gourmet solitaire bénéficie d'une excellente adaptation en français, de même que la nouvelle de Masayuki Kusumi incluse à la fin du livre, un vrai plaisir à lire.
Allez, j'espère vous avoir mis l'eau à la bouche. C'est édité chez Casterman dans la collection Sakka.
Quelques images pour finir…


Mardi 15 novembre 2005
Par Atv’ le Mardi 15 novembre 2005, 16 h 10
Le livre dont je vais parler n'est pas vraiment un manga. Ni une BD. Ni vraiment un roman. Et un peu de tout ça.
De toute façon, les meilleures œuvres transcendent souvent les genres.
Hier, donc, je parcours le rayon BD de la fnac quand une couverture m'intrigue. A lui seul, le titre Tôkyô est mon jardin m'attire déjà, mais la liste des auteurs finit de capter mon attention : Frédéric Boilet (qui m'est inconnu jusqu'alors), Benoît Peeters (le génial scénariste des Cités obscures, et bien plus que cela) et, au tramage, Jirô Taniguchi (L'Homme qui marche, Quartier lointain, Le Sommet des dieux...).
J'ouvre, je parcours les rabats et la quatrième de couverture... Méfiance d'abord : les descriptions m'évoquent la nouvelle BD, celle où un auteur unique épanche sa morne vie amoureuse en croquis sinistres. Et puis les dessins me rassurent : c'est joliment construit et le graphisme est soigné. D'ailleurs, ici, l'auteur n'est pas unique, et la présence de Peeters est un atout pour la qualité des textes.
Allez, j'achète.
Aucun regret : Boilet manie le réalisme avec une légèreté déconcertante. Franck Aveline le compare cinématographiquement à Éric Rohmer ou à Raymond Depardon. Car Boilet n'est pas étranger au cinéma : les références aux réalisateurs français et japonais émaillent les pages de Tôkyô est mon jardin.[1] Le cadrage lui-même a quelque chose du septième art. (Dominique Noguez, dans la préface de l'œuvre, écrit : Dès le début, on est frappé chez lui par deux caractéristiques : un art très inventif de la mise en page et du cadrage, un grand réalisme des visages et des attitudes. La mise en page : je veux parler de la taille très variable et de l'agencement subtil des vignettes dans la page, considérée comme un espace autonome. Dans les premiers albums on pense parfois à la structure ingénieuse de certaines planches du Little Nemo de Windsor McCay. Le cadrage : c'est cette virtuosité à passer d'un plan d'ensemble en légère plongée (mettons) à un plan rapproché en contre-plongée (ou l'inverse), bref, cette extrême mobilité du point de vue qui n'a d'exemples que les films de Dziga Vertov, d'Eisenstein ou... des frères Coen, tous cinéastes fous de montage.
) On n'est alors pas surpris d'apprendre que Frédéric Boilet travaille beaucoup d'après photo.
En lisant Tôkyô est mon jardin, j'avais l'impression de revenir moi-même quelques jours en arrière, quand j'arpentais encore la capitale nippone. Lire Boilet, c'est voyager à peu de frais. Quand me prendra la nostalgie de Tôkyô, je n'aurai qu'à ouvrir son livre pour y retrouver les petits immeubles d'habitation emmêlés dans un bordel industriel de câbles électriques, ou bien le Sensoji, le marché de Tsukiji, Shinjuku, le métro... comme véritables décors de la société japonaise vue par un occidental averti, et non comme théâtre d'une histoire occidentale dans un Japon trop souvent fantasmé par nos auteurs. On sent le vécu, le regard juste, le point de vue simplement humain qui sait montrer l'humain comme l'inhumain, le subtil comme le grotesque. Tôkyô est mon jardin est un documentaire passionné, donc fatalement prenant.
Aux côtés de Boilet qui dessine, imagine, retranscrit, Peeters fait sonner juste, discret, simplement au service de, pas voyant mais probablement indispensable, comme Jirô Taniguchi pour les trames. C'est l'essence d'une collaboration réussie : un résultat où l'on oublie un peu à qui l'on doit quoi mais où l'on doit beaucoup à chacun.
L'histoire, à côté du style, serait presque secondaire si elle n'avait pas l'intelligence marquante de la simplicité du réel. Qui a dit Ozu ? Toujours le réalisme et, là encore, les talents mêlés de Boilet et Peeters. Je me permets de copier la quatrième de couverture depuis le site de l'éditeur Casterman : David Martin, représentant des cognacs Heurault au Japon, a surtout passé les derniers mois à découvrir la culture nipponne et la vie nocturne de Tôkyô. Un matin, il apprend l'arrivée imminente de son patron, venu inspecter l'avancement de son travail. Il lui faut absolument redresser la situation au plus vite. Sinon, il perdra en même temps son emploi, son visa pour rester au Japon et la jeune femme dont il vient de tomber amoureux. Le jeune homme entame alors un drôle de chassé-croisé entre son patron à chaperonner et sa belle à séduire.
Allez, 18 euros, mais votre bédéthèque vous en sera éternellement reconnaissante.

[1] Vivant lui-même à Tôkyô, Boilet évoque d'ailleurs l'Institut dans ses pages (de même que le fit récemment sur son blog pb, autre Tokyoïte français, ici et là).